Chères Amies, Chers Amis,
Vous voudrez bien prendre connaissance de la lettre de Michel Suchod,
Secrétaire général de La Gauche Moderne
Cordialement,
Lettre de Michel Suchod aux adhérents et sympathisants,
Chers amis,
Vous avez reçu, le 6 janvier, une lettre de Jean-Marie Bockel, expliquant le sens de son choix : s’engager, avant la tenue des débats de notre congrès, auprès de Nicolas Sarkozy,
pour participer à sa campagne.
Après l’écho médiatique donné à ce ralliement, l’ampleur des réactions, et parfois du
désappointement de nos adhérents et sympathisants, me conduit à vous donner mon
sentiment sur ce choix, comme sur les raisons invoquées pour le justifier.
Je vous parlerai sans détour, La Gauche Moderne s’est constituée comme parti de gauche,
participant à ce titre, à l’Ouverture, elle n’a pas, aujourd’hui, de raison, une fois l’Ouverture
refermée, de réagir comme un parti de la droite traditionnelle.
I – Avant 2007
Les militants de La Gauche Moderne ont douloureusement vécu, quel que soit l’endroit où
ils se sont trouvés, la façon dont la gauche traditionnelle a géré et s’est proposé de gérer le
pays depuis des années. Ils ont tenté, qu’ils se soient trouvés au PS ou ailleurs, d’amener la
gauche à être à la hauteur des défis de notre époque.
II – La Gauche Moderne au Gouvernement
Mais La Gauche Moderne n’a pas voulu soumettre le nécessaire redressement de notre pays
au succès de ses tentatives de faire progresser la gauche traditionnelle. La situation du pays
nous semblait trop grave pour différer des réformes indispensables.
C’est pourquoi, lorsque, venu de la droite, un homme qui se présentait comme un véritable
modernisateur a été élu à la Présidence de la république et a proposé un programme de
réformes rencontrant une partie significative des préoccupations de La Gauche Moderne,
celle-ci a accepté l’Ouverture. Elle est venue au gouvernement pour renforcer la base
politique en faveur de la réforme juste.
Un peu à la manière du SPD allemand, qui au sein du gouvernement à majorité de droite et
de centre droit d’Angela Merkel, accomplissait une politique de réformes, dont on peut
encore juger aujourd’hui de l’utilité pour l’Allemagne. Mais aux antipodes de la démarche,
d’Éric Besson, qui a fait le choix de changer résolument d’optique, en rejoignant l’UMP,
dont il est devenu un des dirigeants principaux.
La Gauche Moderne, elle, n’a pas choisi de changer d’idées et de références, bien au
contraire, elle a voulu prouver la validité de ses idées d’origine. Elle est restée de gauche, et
n’est de ce fait devenue ni une formation de droite, ni même de centre droit.
Du reste, Nicolas Sarkozy ne nous le demandait pas, bien au contraire.
En recevant notre Bureau Politique National le 7 mai 2009, le Président de la République
nous a exprimé clairement son point de vue : « Je ne suis pas de gauche. Je ne vous demande
aucun engagement, aucune promesse, je n’en fais aucune moi-même. Je vous demande avant
tout d’être et de rester de gauche, de rester vous-mêmes, c’est ainsi que votre démarche
prendra tout son sens ». Nous partageons sa vision de notre rôle dans la majorité, et nous
sommes restés nous-mêmes.
III – 2010 : L’année du basculement.
C’est pourquoi, en janvier 2010, percevant chez ses partenaires une évolution vers des
positions conservatrices de droite traditionnelle, dont la tentation était très perceptible, La
Gauche Moderne, par une Lettre Ouverte à ses partenaires de la majorité présidentielle
qu’elle a diffusée nationalement, a mis en garde ces derniers contre cette dérive. Elle les
prévenait que leur retour au bercail, vers la ligne traditionnelle du RPR, ne pourrait que
mettre fin à la politique de Réforme Juste, dans laquelle le pays s’était engagé sous
l’impulsion du Président de la République. Cette politique qui avait notamment été exprimée
avec force dans le premier Discours de Toulon par le Président de la République, le 25
septembre 2008. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour peser en faveur du
maintien de l’orientation politique sur la base de laquelle l’Ouverture s’était réalisée et qui
justifiait notre présence et notre action.
Cette régression que nous avons pointée du doigt, a malheureusement eu lieu sous nos yeux.
Elle s’est manifestée, tout d’abord, par des mesures limitées, comme le renoncement aux
objectifs ambitieux du Grand Emprunt. Puis ce fut le retour vers une politique économique
qui renonçait à l’équilibre dynamique en faveur de la création de richesse et l’association des
salariés au partage de la richesse nouvelle, que proposait le Discours de Toulon. La
déclaration comme intangible du bouclier fiscal et l’annonce de mesures à venir pour réduire
encore les impôts des plus fortunés ont suivi.
Enfin le discours de Grenoble d’août 2010, dont les accents mais aussi les mesures avaient
été empruntés à l’extrême-droite a naturellement précédé le remaniement ministériel, qui
conduisit à la fin de l’Ouverture et au renvoi de La Gauche Moderne du gouvernement. La
modification de la politique menée devint, ensuite, de plus en plus forte et visible.
IV – 2011 : La tentative de l’Alliance
Nous aurions pu enregistrer la rupture voulue par le pouvoir, et renoncer. Ce n’est pas la
voie que nous avons choisie. Nous avons préféré tenter de ramener la majorité vers le cours
fondateur qui avait été le sien en 2007, celui de la Réforme Juste. Nous avons pensé qu’en
rassemblant une force significative pour remettre en avant les propositions et les promesses
de départ du quinquennat, nous donnerions à Nicolas Sarkozy l’espace politique nécessaire
pour revenir à cette politique et la mettre en oeuvre. Pour cela nous avons jeté toutes nos
forces, pour fonder, notamment avec le Parti Radical et le Nouveau Centre, l’Alliance
républicaine, écologiste et sociale. Elle se voulait le second pilier de la majorité. L’objectif,
autour de la candidature de Jean-Louis Borloo, était de peser sur le cours de la politique
immédiatement et présenter lors de l’élection présidentielle un dispositif de nature à
permettre de reprendre le bon cours des réformes pour le pays, et de rassembler les Français.
Après quelques succès, comme celui d’avoir empêché le vote des mesures présentées dans le
discours de Grenoble, l’objectif d’un redressement par un candidat et un débat national
d’ampleur lors de l’élection présidentielle a disparu. Il a été emporté par le renoncement du
candidat qui devait l’incarner, renoncement obtenu par harcèlement, il faut bien le dire, tant
de la part de l’UMP que du Président sortant.
L’UMP, comme le Président et futur candidat ont choisi de détruire la possibilité d’un
second pilier de la majorité qui aurait pesé réellement sur celle-ci et apporté son regard
propre dans la campagne et dans la politique choisie.
À travers une campagne de plus en plus violente, qui s’en prend plus aux personnes qu’aux
idées, l’UMP revient aux classiques du RPR, que nous avons combattu à juste titre si
longtemps. La Droite Populaire, courant de l’UMP qui est aux marches de la droite extrême
est le vecteur des principales propositions du programme de l’UMP pour le quinquennat qui
vient. Tandis que le Président candidat est, pour sa part, dans un tournoiement d’annonces
de réformes, qui paraissent décousues et irréalisables dans l’immédiat.
V – Faire face à la situation : les décisions du Conseil National de novembre 2011
Pour faire face à cette situation, notre Conseil National de fin novembre a décidé à
l’unanimité que les choix étaient ouverts, que nous allions bâtir un programme et nous
prononcer à la lumière de celui-ci et de ce que proposent les candidats, pour la
Présidentielle, au cours de notre Congrès fixé le 24 mars 2012.
Déjà, pour manifester cette ouverture, notre comité permanent avait autorisé ceux qui
souhaitaient participer à la campagne de Manuel Valls, dans la primaire initiée par le Parti
socialiste, qui a réuni près de trois millions de votants. Manuel Valls a brillamment défendu
devant les Français des propositions très proches des nôtres, tant sur le plan économique que
sur le plan de la politique de sécurité ou d’immigration et même l’approche générale de la
politique. Nous ne pouvons considérer, comme anodin ou secondaire, qu’il ait conduit, au
premier tour 150 000 personnes à se déplacer pour dire leur accord avec cette orientation qui
est aussi la nôtre.
Dans un tract national de La Gauche Moderne qui reprenait nos décisions collectives nous
expliquions à la fin de 2011 : « Le temps n’est pas encore venu de prendre position sur un
premier tour dont chacun voit que les contours changent constamment. Aujourd’hui c’est le
temps de l’expression des idées et du débat de fond. C’est ce qui nous mobilise, rejoigneznous
pour définir ce que sera en 2012, un vrai projet de gauche, moderne ».
Cette décision de ne pas prendre position n’a pas empêché notre Président, Jean-Marie
Bockel, (qui nous en avait prévenu par avance) de se rallier publiquement, et de manière très
médiatisée, à Nicolas Sarkozy, trois mois avant la date du Congrès, nous plongeant ainsi
dans un grand embarras.
C’est peu de dire que nous sommes un certain nombre qui ne partageons pas son
engouement.
Nous ne voyons pas comment celui qui n’a pas su, ou pas voulu, résister aux dirigeants de la
droite traditionnelle qui lui ont imposé le retour à une politique RPR, matinée de clins d’oeil
au Front national, pourra demain mener la politique de Réforme Juste que nous attendons et
dont la France a besoin. Nous ne voyons pas comment celui qui a tout fait pour briser la
candidature de Jean-Louis Borloo et l’Alliance constituée autour de lui, s’appuierait sur elle,
demain, pour retrouver l’autonomie qu’il a délibérément perdue face au vieux RPR. Nous ne
comprenons pas quel sens prendrait alors notre présence auprès du candidat Nicolas
Sarkozy.
Nous croyons qu’un autre chemin est possible.
Michel Suchod
Secrétaire Général de La Gauche Moderne












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